Si apprendre l’espagnol vous intéresse il existe un groupe de professionnels avec lequel vous allez passer beaucoup de temps: les professeurs.

Peu importe si vous voulez apprendre la langue dans votre pays, avec un professeur natif ou non, ou dans un pays où cette langue est parlée au quotidien et vous immerger dans la culture, la personne qui vous aide à atteindre les compétences nécessaires dans votre langue cible sera d’une importance capitale. Cependant, même si nous passons beaucoup de temps ensemble, nous ne « ·connaissons » pas réellement nos professeurs. A quoi pensent-t-ils ? Comment vivent-ils les heures de cours ? Qu’y-a-t-il de  spécial dans leur travail ?

Afin de répondre à quelques-unes de ces questions, nous avons décidé d’interviewer Miguel, qui chaque année aide des centaines d´étudiants à apprendre l’espagnol à Alicante dans l’école Proyecto Español. Il nous a raconté ses expériences, les moments gênants et amusants auxquels il a été confronté et quelques conseils principaux à prendre en compte lorsque l’on veut apprendre l’espagnol.

Profil:                   

  • Miguel (40 ans)
  • Professeur d’espagnol depuis 19 ans
  • Veut apprendre le néerlandais mais ne trouve pas de cours à Alicante.
  • Peut dire “Bonjour, ça va?” dans au moins 15 langues.

Qui es-tu, Miguel? Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Miguel Ángel et je suis professeur d’espagnol pour étrangers. Je suis le chef d’études à Proyecto Español ainsi que tuteur pour les professeurs en stage dans les différentes universités espagnoles qui viennent à l’école pour faire leur formation de master. Je les aide lors de leurs premiers pas comme professeurs.

Depuis combien de temps enseignes-tu?

J’ai commencé à donner des cours d’espagnol il y a 19 ans aux Pays-bas. J’ai commencé comme assistant de langue pour ensuite donner des classes seul. Mon premier travail de professeur était là-bas. J’ai ensuite terminé mon cursus (Philologie Hispanique) et quelques mois plus tard, je travaillais comme professeur d’espagnol.

Qu’est ce qui a changé durant toutes ces années en ce qui concerne l’enseignement des langues?

Beaucoup de choses ont changé. La spécialisation des professeurs a changé, les manuels ont changé, les nouvelles technologies se sont développées et cela représente un grand bouleversement. Avant, pour préparer les cours, tu avais besoin de chercher des livres et d’être très créatif, mais maintenant presque tout est publié sur internet. Tu dois juste savoir bien chercher. En ce qui concerne les cours et les élèves, presque rien n’a changé. J’ai toujours travaillé dans des centres privés avec des élèves qui apprennent l’espagnol parce qu’ils le veulent et c’est quelque chose de très confortable pour un professeur.

Quelle est la meilleure partie d’être professeur d’espagnol?

Ce que je préfère, sans aucun doute, c’est que j’apprends tout autant que mes étudiants. Quand je suis en classe, je reçois des informations d’élèves de partout dans le monde, je découvre des curiosités du monde entier et j’apprends des mots qui n’existent pas dans ma langue ou inversement. J’apprends des comportements sociaux totalement différents des miens. En 19 ans, cela m’a transformé en un amoureux des voyages, m’a donné un esprit beaucoup plus ouvert surtout en gardant à l’esprit qu’il peut se passer n’importe quoi en cours. De plus, j’ai cassé de nombreux stéréotypes dans mes classes. Une chose est ce qui se dit et une autre ce que j’ai pu vivre avec mes étudiants.

Quels sont les défis auxquels tu es confronté dans ton travail?

Je dois travailler avec beaucoup de professeurs avec beaucoup de styles différents et je dois savoir leur dire ce qu’ils font de bien ou de mal et cela est difficile. Tout le monde n’accepte pas les critiques. Et même s’il est très intéressant de travailler avec des gens du monde entier il est parfois difficile de comprendre ce qu’ils veulent dire et la manière dont ils ont de le demander et que je ne comprends pas. J’ai donc besoin d’une tonne de patience et d’une attitude très positive et ouverte. En réalité je ne le considère pas vraiment comme difficile, mais plus comme une étape de plus dans mon travail.

As-tu quelques souvenirs amusants liés avec ton expérience de l’enseignement?

J’en ai beaucoup! Et surtout ceux liés à la langue. Le premier souvenir que j’en ai est au Pays Bas. Là-bas, il est écrit sur les portes « Trekken et duwen » pour pousser et tirer. Je ne sais plus comment, mais l’expression « aftrekken » a surgit dans ma classe. Je leur ai dit “la puerta aftrekken” et tous les élèves sont devenus rouges comme des tomates. J’ai compris que j’avais dit quelque chose qui n’était pas correct. C’est plus tard que je me suis rendu compte de ce que signifiait ce que j’avais dit : apparemment, en néerlandais, aftrekkem signifie un acte sexuel masculin individuel… ça ne voulait pas dire pousser la porte.

Nous savons que tu peux dire “Bonjour, comment ça va?” dans 15 langues différentes mais combien de langues parles-tu réellement?

J’ai étudié l’anglais et le valencien. Je parle espagnol, anglais et valencien à un niveau élevé. Mais en tant que professeur, j’ai aussi étudié d’autres langues pour mieux comprendre comment fonctionne le cerveau de mes élèves. J’ai pour cela étudié un an de français, un an d’arabe et un an d’allemand. Et j’ai compris des choses très simples comme par exemple pourquoi un allemand jamais ne me coupe la parole.  Quand je parle en espagnol, en général, tu sais déjà ce que je vais dire. C’est très prévisible et donc mon interlocuteur peut m’interrompre plus facilement. Mais  j’ai découvert qu’en allemand il existe des verbes qui se séparent, ainsi, l’interlocuteur peut ne pas connaître le sens de la phrase jusqu’à ce qu’il connaisse le dernier mot. Du coup j’ai pensé… Ah ! C’est sûrement pour cela qu’une personne qui parle allemand attend toujours que je termine de parler et respecte les temps de parole. Ça m’a beaucoup servi dans mon travail. Je parle allemand? Débutant. Je parle français? Débutant. Et arabe… très peu. Cependant je ne l’ai pas fait avec l’objectif de parler mais de comprendre quels problèmes peuvent rencontrer mes étudiants quand ils étudient l’espagnol.

Quelle est l’erreur la plus fréquente que font les étudiants d’espagnol?

Il y a beaucoup d’erreurs fréquentes en espagnol et très générales, elles ne sont pas liées à la nationalité ou la langue des étudiants. Beaucoup d’entre elles ne sont pas très importantes en ce qui concerne la compréhension. Elles n’affectent pas la communication. Mais en général, chaque fois que tu dois créer un nouveau concept grammatical qui n’existe pas dans les connaissances de base de l’élève, c’est assez difficile.

Top 5:

  1. Ser/Estar. On peut l’étudier un million de fois en cours, cela causera toujours autant de problèmes.
  2. Dans la langue espagnole, il y a 8 temps du passé différents, 7 vivants et un mort. Les élèves mettent beaucoup de temps à les mécaniser
  3. Le subjonctif. Pas parce que c’est difficile, mais parce qu’un élève doit s’approprier de nombreuses structures en amont.
  4. Por/Para. Une histoire qui n’en finit pas…
  5. Les pronoms. C’est réellement très compliqué pour arriver à les dominer.

Quels conseils pourrais-tu donner pour apprendre au mieux l’espagnol?

Les conseils que je pourrais donner sont applicables à quasiment toutes les langues.

  1. Être patient: tu ne veux pas connaître tous les usages du passé au niveau A2. Tu vas apprendre ce dont tu as besoin pas à pas. Ensuite, petit à petit, tu ouvres de nouvelles portes avec de nouveaux usages et de nouvelles situations d’espagnol.
  2. Soit systématique : le vocabulaire, toujours avec les articles. Quand il s’agit du subjonctif, classifie bien les structures et pense en blocs thématiques.
  3. Comprends le contexte des temps du passé : si c’est très loin ce sera de l’indéfini, si c’est plus près, du passé composé. Et si ce que tu veux c’est donner beaucoup de détails, tu utiliseras les imparfaits.
  4. Utilise des synonymes : n’utilise pas toujours « porque », emploie un synonyme. N’utilise pas toujours « para », mais parfois « a ». ne dis pas toujours « cuando », utilise « mientras », « durante », « al mismo tiempo ». Si tu n’emploies pas des mots différents, tu ne les assimileras jamais.

En général, il ne faut pas faire des normes une obsession. Il faut voir les choses en grand. Les règles sont toutes fausses (en riant) et parfois, elles ne fonctionnent pas.

Si tu pouvais changer quelque chose dans la langue espagnole, qu’est-ce que ce serait ?

Je suis une personne très conservatrice en ce qui concerne la langue. Je ne le parais pas, mais je le suis. Dernièrement, par exemple, la Real Academia souleva la question de l’accentuation de mots tels que « solo ». “Un café solo”  n’a pas d’accents mais “sólo quiero un café” en a un. Moi je ne le changerais pas. En général, j’aime bien la forme actuelle de la langue et je la garderais telle quelle.

Y-a-t-il autre chose que tu aimerais partager avec nous?

Oui, je me sens très, très chanceux de travailler dans un domaine que j’aime réellement. J’adore l’enseignement, j’adore être au contact de gens de pays du monde entier parce cela m’enrichit. Je me lève chaque matin avec l’envie d’aller travailler. Et ceci, aujourd’hui, c’est tout un luxe.

Par Sümeyra Akarcesme

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